Des sons et des signes : correspondance

Dans certaines langues, la correspondance entre les sons et les signes est régulière.
A chaque son de la langue parlée (phonème) correspond un signe graphique (graphème) et un seul.
Inversement, à chaque signe graphique correspond un son et un seul.
Dans ce type de langues aux correspondances régulières, appelées langues transparentes, l’apprentissage de la lecture et de l’orthographe est relativement facile. (espagnol, italien, indonésien …).
La langue française n’est pas de ce type, les correspondances entre les sons et les signes y sont irrégulières.

Un son : plusieurs signes

À un même son peuvent correspondre plusieurs signes graphiques
Les signes phonographiques (qui codent les sons) peuvent être constitués d’une lettre, de deux, ou de trois parfois :

[O] *** fauteuil, auto, peau, pot, hôtel, album
[Œ]***bleu, cheval, nœud, monsieur, jne, œil, cueillir, faisan, club
[E]****mer, père, maire, mtre, neige, rêve, bonnet, pelle, noël, aimait
*******bébé, chanter, les, nez

Ces signes phonographiques sont des phonogrammes.

Lors de l’écriture des mots, d’autres lettres viennent s’ajouter aux phonogrammes pour apporter des informations orthographiques de type lexical (1) ou grammatical (2) :
(1) pot, gros, chaud, hôtel
(2) peaux, pots, bleue, bleues, aimais, aimait, aimaient

Ces lettres ne codent pas de son : ce sont des lettres muettes.
Elles codent du sens lexical (famille de mots)
potpoterie          chaudchaude
ou du sens grammatical (pluriel, genre, conjugaison)
peaux bleues aimaient

Ces signes orthographiques sont des morphogrammes.

La présence dans l’écrit de ces deux types de marques, phonographiques et orthographiques indique bien que l’écriture de la langue française est à deux niveaux : elle est principalement phonétique (note du son) mais elle est aussi idéographique (note du sens), ces deux aspects étant intimement liés.

Un signe : plusieurs sons… ou aucun

À un même signe graphique peuvent correspondre plusieurs sons différents… ou aucun

e          cheval, merci, femme                          rue, tombée
en        enfant, chien, lichen ************* mangent
s           sou, dessin, rusé                                  cartes, aimes
g          gare, goûter, girafe, luge                     long

Ces cas sont multiples dans la langue française et constituent pour de nombreux élèves la source des difficultés qu’ils rencontrent dans l’apprentissage de la lecture et de l’orthographe.

Des lettres équivoques

Le système phonologique du français compte 36 phonèmes (sons de la parole).
Pour transcrire les phonèmes à l’écrit, nous utilisons environ 130 graphèmes.
Ces graphèmes sont écrits à l’aide de 26 lettres.
C’est dans cette « équation » que résident bien des problèmes d’apprentissage de la lecture et de l’orthographe.

Les lettres voyelles et consonnes sont elles-mêmes des phonogrammes et peuvent, seules, noter des sons.
Elles peuvent aussi, en s’associant entre elles, participer à la création de nouveaux phonogrammes pour noter des sons totalement différents.
Elles peuvent aussi ne pas noter de son (morphogrammes).
Certaines lettres consonnes contribuent à la réalisation de graphèmes voyelles (an, on, in, ain, im, un, et …) ce qui peut être déroutant…

Les lettres sont équivoques ce qui rend complexe l’apprentissage de la lecture et de l’orthographe et conduit à recommander la plus grande précaution à leur égard et dans leur usage.

La distinction entre les lettres -aux valeurs variables et équivoques- et les graphèmes, doit être régulièrement mise en avant, explicitée, montrée.

La manipulation de graphèmes constitués semble être une voie à prendre en considération et à  privilégier, voire à systématiser, afin de faciliter les apprentissages.

C’est l’un des objets de facilalire.

Du fait de l’irrégularité des correspondances entre les sons et les signes écrits, la langue française est considérée comme une langue opaque.
Elle partage cette particularité avec l’anglais qui compte plus de mille graphèmes pour noter 44 phonèmes.
Des études ont montré que c’est parmi les locuteurs de ces deux langues (français et anglais), que l’on rencontre le pourcentage le plus élevé d’élèves en difficulté d’apprentissage de la lecture.
La nature même de ces langues n’est probablement pas étrangère à ce fait.

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